Mois : mars 2019

Christophe Lenté

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Auto-portrait.

Un vieux blog : http://lamareauxcadavres.blogspot.com

Mon site Cargo : https://cargocollective.com/lentechris

Quelle image vous a marquée ou vous a influencée ?

Dur de résumer en une seule image ! Trop de choses ont pu m’influencer, trop de choses que j’absorbe au fil du temps… Dans les classiques, Les Caprices de Goya, l’Enfer de Dante par Gustave Doré, ou plus récemment le dessin fantastique, notamment les œuvres de Sibylle Ruppert, Albin Brunovsky, Beksinski, , j’en passe… dans la sphère BD, les illustrations ero-guro de Maruo Suehiro, et surtout le Psychopompe de Gabriel Delmas, qui a été un vrai facteur déclencheur pour moi, en termes d’envies de dessiner… 

Mais pour anecdote, la première image horrifique qui m’ait marquée, c’est la couverture du tome 1 de ÇA de Stephen King (édition J’ai Lu) qui traînait chez ma mère il y a des lustres… J’étais encore assez jeune, et la vision du gamin se débattant dans le caniveau, le sang qui en gicle et le clown jouasse et assez malsain à côté, c’était un spectacle assez glauque je crois pour moi, un truc qui m’a en tout cas longtemps poursuivi, même si je ne pouvais pas m’empêcher de reluquer cette image chaque fois que je retombais sur ce bouquin… Mon introduction dans l’horrifique s’est fait dans une vraie dualité répulsion/fascination… 

Que comptez vous faire pour GRYYYM ?

Dans l’idée, je voudrais expérimenter… Je suis assez fasciné par les démarches d’Austin Osman Spare, et en musique, de Coil, qui travaillent en partie par le biais de leur subconscient… Sans prétendre être à leur niveau ou prendre la suite de leur implication dans la magick, je suis parti sur un modus operandi un peu équivalent, écrivant quelques vers jetés dans la spontanéité, en essayant de suivre une certaine cohésion dans les consonances, un truc qu’on peut essayer de réciter comme une formule magique, un genre de mantra en constante mutation… l’idée étant de trouver les solutions pour mettre ça en image, créer une résonance entre en textuel et le visuel. C’est une sorte de strip ectoplasmique, si j’ose dire…

Pouvez vous nous présenter une image de vos travaux antérieurs ?

Une image qui symbolise bien ce que j’essaie de faire ces derniers temps, à savoir, à moins m’attacher à des idées concrêtes et réfléchies qu’à faire ressurgir des visions plus spontanées… Dans la finalité j’essaie de travailler des images sans croquis préparatoire, ni idées précises en tête, m’attaquer simplement et directement à la matière noire du cerveau… 

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Franck Biancarelli

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Auto-portrait de Franck Biancarelli

Quelle image vous a marquée ou vous a influencée ?

Je suis toujours plus marqué par des images qui me donnent la sensation d’être possibles. Donc certes, comme beaucoup, j’ai été marqué très jeune par certaines images de Wrightson mais au bout du compte , beaucoup plus par certaines de Ditko et bien sûr d’ Alex Toth (ma marotte).

Que comptez vous faire pour GRYYYM ?

J’ai produit par le passé des images assez dures mais pour l’ instant, jusqu’à quand je ne sais pas, je très très intéressé par produire des images qui chacune prise à part pourrait être qualifiée de tout à fait charmante mais qui dans la narration provoque un sentiment de malaise. Donc l’ objectif est là : Produire une forme de beauté, de normalité, de poésie, d’ élégance pourquoi pas mais qui au bout du compte laisse un arrière goût étrange.

Pouvez vous nous présenter une image de vos travaux antérieurs ?

Ce qui m’intéresse, plus que d’exprimer un point de vue très fort, c’est de faire un pas sur le côté. Comme un petit dysfonctionnement. Ici par exemple j’ aime bien cette image car il me semble (j’ espère avoir raison) que le point de vue dramatisé qu’elle produit est assez rarement vu. On est à la fois en plongée à l’ abris de la bataille, mais à la fois trop près pour en prendre vraiment la mesure et on n’ en voit que des fragments. Il me semble donc que le point de vue et ce qui est montré se contredisent et provoquent une forme de confusion ce qui est mon objectif car je pense que l’état de confusion est celui de ce genre de bataille au corps à corps. (Pourvu que ce soit au moins un peu vrai sinon toute cette explication est parfaitement ridicule, ha ha).

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L’interview du Parrain: Pat Mills

Pat Mills bien après la date d’expiration, ramené d’entre les morts par Grégory Maklès

Petit préalable : je ne ferais probablement pas de BD sans Pat Mills. Pour moi, son approche a toujours été « the way do it ». Divertissante mais profonde, une narration ouvrant à la fois sur des dialogues forts et des visuels percutants, méchant mais empathique, j’ai été attiré vers Mills dès que quelqu’un a amené un juge Dredd (qu’il a créé avec John Wagner) dans mon collège. Des années plus tard, lorsque j’ai été époustouflé comme beaucoup par les superbes éditions Zenda de Slaine and Marshall Law, je n’ai pas réalisé immédiatement que ce nectar là venait de la même fontaine. Mais j’avais soif!

C’est aussi un grand auteur international qui a toujours voulu être publié en France et l’a fait avec rien moins qu’Oliver Ledroit. A ce jour, ils ont produit 10 albums ensemble, des sorcières de Sha aux vampires infernaux de Requiem

En outre Pat Mills n’était pas seulement célébré pour ces oeuvres ou le merveilleux Charlie’s War. Il a également créé de nombreux magazines de bande dessinée, y compris le très cultes 2000 AD ou il a participé à la genèse de Judge Dredd avec John Wagner. Nommez n’importe quel artiste ou écrivain anglais qui a de l’importance dans les bandes dessinées (et il y en a beaucoup !), ils y sont presque certainement passé…

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2000 AD, Slaine, Dredd, tous créés ou co-créés Pat Mills

Alors imaginez notre joie quand Pat a accepté de faire partie de Gryyym… Non seulement il a apporté une merveilleuse histoire de science-fiction sombre illustrée par l’incroyable Fay Dalton, mais il a aussi eu une histoire thématiquement parfaite pour nous autour du personnage « Shlock » : des fables sinistres à la recherche du bon artiste, qui sera… un quelqu’un d’exceptionnel. Vous serez étonnés.

Tout cela, bien sûr, inédit en France (ou partout).

Nous avons demandé à Pat Mills d’être nos sponsor, car bâtir sur l’héritage de 2000 AD signifie beaucoup pour Gryyym. Voici une longue interview où il nous donne son point de vue unique d’une carrière longue et dense qui s’est répandue au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en France comme nulle autre sur la bande dessinée et son évolution.

Bonjour Pat, et merci pour votre parrainage !
Vous avez peut-être lancé plus de magazine de BD britannique que n’importe qui de vivant ou de mort, et maintenant vous aidez les « froggies » que nous sommes à lancer Gryyym, un mook crowdfundé à partir du 28 mars 2019 sur kisskissbankbank. De Battle Weekly (1975) à 2000 AD (1977) en passant par Toxic (1991) et bien d’autres et maintenant Gryyym, comment voyez-vous l’évolution de la création de publication de bande dessinée de genre ?

Il y avait plusieurs façon de faire. En Grande-Bretagne l’une de celles-ci était de produire des bandes dessinées pour adultes – comme Revolver et Crisis. On pouvait aussi rendre 2000AD plus adulte. En fin de compte, en Grande-Bretagne, cette approche fut un echec qui a aliéné de nombreux jeunes lecteurs. C’est arrivé en large part par l’arrogance, le snobisme et le mépris des professionnels pour ces derniers. Et ceux-ci ont réagi en quittant les bandes dessinées. Aujourd’hui, les BD britanniques survivent à peine.

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ABC Warriors, Simon Bisley’s iconic debut with Pat Mills

Une deuxième voie pourrait consister à attirer des lecteurs plus jeunes en Grande-Bretagne tout en conservant une certaine sophistication. Valerian est par exemple le genre de série qui – convenablement « anglicisée  » – plairait aux lecteurs de tous âges en Grande-Bretagne. Aujourd’hui, en Grande-Bretagne, personne n’est intéressé à produire des bandes dessinées pour enfants. C’est très dommage.

En France, tout cela est différent car vous avez une industrie de la bande dessinée plus saine. Et Gryyym semble être un pas en avant très vivace pour promouvoir de nouveaux talents

D’ailleurs, l’influence française sur la science-fiction et la bande dessinée n’a jamais été suffisamment comprise ou valorisée à mon avis. Je l’ai certainement reconnue en l’an 2000, mais je doute que beaucoup de gens soient conscients de son influence sur Star Wars, Alien, Blade Runner, etc. Donc un « comic » français comme Gryyym obtient immédiatement mon vote !


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Marshal Law, avec Kevin O’Neill. Pas forcément un modèle pour la jeunesse.

Vous avez connu diverses résistances et censures par rapport à ce que vous avez décrit comme un établissement conservateur. Selon vous, comment les restrictions imposées aux auteurs ont-elles évolué au cours de votre carrière ?

La censure n’est pas si forte ces jours-ci. Par contre il y a un manque d’intérêt pour la politique, les thèmes historiques et sociaux, en tous cas en Grande-Bretagne. La plupart des gens aimeraient qu’on s’en tiennent aux trucs habituels – donc pas beaucoup de progrès là-bas. Les plus gros problèmes se situent ailleurs.

C’est à dire ?

Les deux grands problèmes qui ont presque détruit les bandes dessinées britanniques sont les suivants.

Premièrement, les droits d’auteur dans l’édition britannique sont une honte. Fondamentalement, tous les grands éditeurs britanniques achètent tous les droits et les redevances sont soit inexistantes, soit très faibles. C’est peut-être difficile à comprendre pour vous en France – après tout, votre pays de ce que je comprends a été le tout premier à créer des lois sur le copyright pour protéger les créateurs. En Grande-Bretagne, ils ont un système misérable dans lequel les éditeurs possèdent toutes les œuvres des créateurs. Cela signifie que beaucoup de créateurs se fichent de leur travail et utilisent la Grande-Bretagne comme tremplin pour travailler pour l’Amérique – où il y a un meilleur potentiel économique, même si, dans la pratique, c’est souvent à peine mieux que la Grande-Bretagne. Ou ils considèrent le travail dans la bande dessinée comme un passe-temps et n’abandonnent pas leur travail « régulier ». Quoi qu’il en soit, l’absence de droits a entraîné une perte de talents. Nous sommes donc toujours à l’âge de pierre en Grande-Bretagne, j’en ai bien peur… Peu de nouveaux talents comme Bolland, Bisley, Fabry et O’Neill se sont présentés au cours de la dernière décennie.
Il y avait une exception notable – Fay Dalton que j’ai immédiatement reconnue comme étant une Grande! Et pourtant pourrais-je avoir son travail publié 2000 AD ? Quand il gèlera en enfer, apparemment ! Pas d’explication, donc je dois supposer que c’est parce qu’elle est trop classique et trop sexy pour l’Angleterre. Sa perte ici est au final dans l’intérêt de la France, alors que vous allez publier l’une de ses histoires. Elle travaille actuellement sur Casino Royale pour la succession de Ian Fleming. Elle est probablement maintenant trop chère pour les comics !

C’est ainsi que la Grande-Bretagne néglige ses nouveaux talents.

Deuxièmement, nous avons aussi une forte dose de snobisme intellectuel. Bien que peu de professionnels l’admettent, ils n’aiment pas travailler pour les enfants. Ils rêvent de romans graphiques qui, dans la pratique, se vendent généralement à peu d’exemplaires, mais qui peuvent recevoir une bonne reconnaissance lors des conventions. Ainsi, les enfants, sur lesquels l’industrie britannique de la bande dessinée était basée, sont négligés pour aller jouer à des jeux vidéo à la place.

En France, c’est différent – vous avez une industrie de la bande dessinée en bonne santé et vous pouvez soutenir des livres avec un certain snobisme intellectuel ou un certain cinéma d’art et d’essai ou peu importe comment vous l’appelez en France. En Grande-Bretagne, nous n’avons pas ce luxe.

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Requiem, avec Olivier Ledroit. Basé sur des personnages réels. Devinez qui!

Vos histoires utilisent généralement le cadre léger d’un genre populaire imbriqué avec un angle politique sous-jacent. Les implications sociétales en Science Fiction sont souvent faciles à saisir ; dans l’horreur, elles peuvent être plus subtiles. Comment aimez-vous utiliser ce genre lorsque vous écrivez ?

L’horreur et la SF peuvent toutes deux faire valoir des arguments politiques forts. Par exemple, l’histoire d’horreur Schlock Pioneer 13 – que je sais que vous comptez publier – porte sur le placement de produit au cinéma et à la télévision. Je crois qu’à Hollywood, c’est pire et même que certains des films de Marvel sont financés par la CIA.

Comment celà?

Je crois que la CIA a soutenu le film Hulk. C’était certainement une agence du gouvernement américain (note: voir cet article sur le sujet). Presque tous les personnages de fiction britanniques – Sherlock Holmes, James Bond, Le Mouron rouge, etc – sont issus des classes supérieures. Au cas où vous vous demandez qui est Le Mouron rouge… C’était un personnage très populaire dans les films et livres britanniques jusqu’aux années 1980. C’est Sir Percy Blakeney qui a sauvé ces pauvres aristocrates français  » innocents  » de la guillotine, devançant constamment le méchant agent secret Chauvelin de la république française qui n’était tout simplement pas assez intelligent pour l’aristocratie britannique. Comme vous pouvez sans doute le deviner, ma sympathie va à Chauvelin. Il aurait dû attraper Sir Percy et le présenter à Madame Guillotine!

Tous mes héros sont de la classe ouvrière et il y en a que vous ne connaissez pas comme Defoe qui est un niveleur britannique du 17ème siècle (socialiste/communiste précoce) qui combat des zombies, etc.

C’est embarrassant comme en Grande-Bretagne, on lèche le cul des classes supérieures. Il nous faut plus de personnages comme Fantomas pour y faire face ! Je comprends pourquoi il était populaire en France, bien que nous soyons si obéissants à l’autorité en Grande-Bretagne que je suppose que ça ne marcherait pas ici.

Vous nous avez donné pas mal de bandes dessinées marquantes mélangeant le divertissement terriblement cruel et les sujets adultes. Marshall Law est une critique au vitriol de la façon dont le Show Biz, la politique, la science et l’armée travaillent ensemble d’une manière qui rappelle explicitement les États-Unis de l’après-Vietnam. Slaine est une démolition en profondeur du machisme, déroulant a un discours très en avance sur la société qui continue de trotter derrière. ABC Warriors se rit de la façon dont toutes les guerres sont inutiles, etc. Quel sont, selon vous, les sujets brûlant à traiter en 2019 ?

Probablement ce que je fais dans mes romans Read Em et Weep qui traitent du monde de la bande dessinée. Là, je me concentre sur les enfants qui se vengent des agresseurs sexuels. En particulier un personnage de fiction inspiré par l’infâme Jimmy Savile, une célébrité de la télévision.
Et un autre roman-texte sur un assassin pendant la Première Guerre mondiale – détaillant le commerce avec l’ennemi pendant la Première Guerre mondiale. Ainsi, la France fournissait à l’Allemagne des explosifs et des ingrédients pour le gaz toxique. Et l’Allemagne fournissait à la France de l’acier, du fil barbelé, etc. Le tout via la Suisse. C’est un mensonge qui se répète aujourd’hui avec les guerres modernes.

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The Cursed Earth, avec Brian Bolland, l’un des arcs emblamétiques de Judge Dredd


Charlie est votre héros positif, mais en général, vos histoires sont plutôt du genre « les salauds entre eux », genre que j’aime beaucoup personnellement. Ce cadre pour une histoire a également fonctionné à merveille dans des films comme Le Bon, La Brute, Le Truand. Qu’est-ce que vous aimez chez ce genre de protagoniste ?

Les bons dans les films, les bandes dessinées et les livres peuvent être ennuyeux. Nous voulons toujours que nos personnages soient imparfaits d’une façon ou d’une autre. Charley avait des failles parce qu’il n’était pas très intelligent et qu’il croyait donc à la propagande de la Première Guerre mondiale.


Charlie est un type bien, cependant. Alors que vos autres héros, c’est beaucoup moins clair…

Probablement parce que nous sommes tellement cyniques dans les BD britanniques. Dans les romans, il y en a plein. Dans les bandes dessinées féminines, il y avait de nombreuses héroïnes positives. En Grande-Bretagne, les filles vendaient deux fois plus de BD que les hommes. Mais c’est un monde d’hommes dans la bande dessinée et peu de professionnels (à part moi) étaient intéressés. Ils sont en train de profiter lentement d’une petite renaissance.

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Charley’s War avec Scott Goodall. La véritable horreur…


Dans une autre interview, vous avez mentionné comment vous pensiez qu’une limitation du personnage du juge Dredd en regard du potentiel succès des adaptations cinématographiques était sa nature fondamentalement fasciste. En effet, Dredd remplit un modèle de nombreux héros « Millsiens » avec une composante fasciste ou terroriste explicite (Marshal Law, presque tous les guerriers ABC, Bill Savage, Requiem…). Qu’est-ce qui vous pousse à ce mélange d’attaques contre des cibles typiquement révolutionnaires (les bellicistes, les riches et les puissants…) à travers des protagonistes qui n’ont jamais peur de juger et d’exécuter en une seule balle ?

C’est la façon la plus efficace sur le plan commercial de faire les choses. Ca accroche rapidement avec un public. Dans une bande dessinée hebdomadaire, nous n’avons que six pages par histoire pour avoir un impact, donc il faut faire vite ! Nous n’avons pas le luxe d’un album de 48 pages. Et notre public veut un résultat rapide.

Alors nous avons constaté que plus le personnage est extrême, plus les lecteurs l’aiment. D’où Dredd. Mais on l’a déformé pour qu’il y ait un sous-texte radical. A cet égard, nous avons probablement été influencés par les BD françaises et américaines comme 1984.


Merci Pat, et pour nos lecteurs, soutenez nous à partir du 14 mars pour découvrir les histoires formidables que Pat a préparées pour Gryyym !


Reaper Buddy avec Fay Dalton… à découvrir bientôt dans Gryyym!

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/gryyym

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L’équipe Gryyym : Gabriel Delmas

Gabriel Delmas, autoportrait en vampire.

Peux-tu te présenter?

Gabriel Delmas, artiste peintre et illustrateur . Je suis l’auteur d’un certain nombre d’albums de bande dessinées (Le Psychopompe, Vampyr, Le Mouton-chien manchot, Vorax…) et de graphzines underground ayant souvent des thèmes occultes ou le fantastique sombre. Certains sont disponibles aujourd’hui chez Hollow Press comme « Largemouths », « Fobo » ou « Plutonium ». Une exposition de mes travaux à eu lieu à Bologne en Italie en décembre 2016 autour d’un album format géant « Xuwwuu » édité chez Hollow Press, et en aout 2018 à Rodez reprenant des dessins disponibles dans le recueil « Riggel Bum ».

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Vampyr

Que fais-tu dans Gryyym ?

Dans Gryyym, je vais faire la maquette et la charte graphique du mook, un édito et quelques choses dessinées obscures. Tout dépendra de ce qu’il sera possible de faire mais plus on aura de liberté et de place et plus Gryyym sera étonnant.

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Moloch Jupiter Superstar, avec Patrick Pion.

Et pourquoi Gryyym?

Je fais Gryyym pour tenter l’experience, la vie est courte et il n’y a pas de parties possibles après le Game Over. L’idée c’est de retrouver une bande dessinée fantastique et d’horreur, avec ce plaisir visuel et d’esprit qu’il y avait dans les creepy et metal hurlant. Une liberté de ton, quelque chose entre l’underground et des choses plus classiques, mélangées, sans snobisme.

Seigneur Venin

Quelle est ta BD d’horreur préférée?

Ma BD d’horreur préférée est Cidopey de Corben. La mise en couleur et le dessin en font pour moi une oeuvre d’art. Ces planches devraient être dans un Musée d’art moderne.

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L’équipe Gryyym: Grégory Makles

Gregory Makles, autoportrait après un régime réussi.

Peux-tu te présenter?

Gregory Makles. Je suis surtout connu pour mon travail avec Paul Jorion sur La Survie de l’Espèce, un roman graphique sur la finance qui se moque aigrement de notre propre espèce (ouvrage cours d’adaptation pour une série en stop motion ces jours-ci). J’ai aussi fait rire pas mal de gens avec ma bande dessinée à la South Park sur ma vie de personnage de World of Warcraft dans « Aventures de Stevostin ». Avant tout cela, j’ai écrit pas mal d’histoires fantastiques pour Robin Recht (Le Dernier Rituel) et Joseph Lacroix (l’Encyclopédie du Mal), dont Ruppert que j’ai également dessiné. Dans une autre vie, je suis co-fondateur d’Ohm Force, une petite société culte de logiciels audio avec des utilisateurs très connus.

Que fais-tu dans Gryyym ?

Au début, j’ai juste dit à une bande d’amis qu’ils devraient peut-être envisager de « crowdfunder » leur projet de bande dessinée d’horreur en 2019. J’ai tout de suite été recruté de force en tant que « gars pour le web » et commet auteur. C’est qu’ils me connaissent depuis notre école d’art (ENSAD) où mon vrai rêve s’exprimait dans mon amour profond pour les bandes dessinées britanniques (Bisley, Mc Kean, Hewlett…). Ils étaient donc conscients que j’avais besoin d’un tout petit coup de pouce pour remettre les gants et faire quelque chose de vraiment noir.

Et pourquoi Gryyym?

Il s’agit tout simplement de faire le genre de bande dessinée dont j’ai envie. De la bd de genre, populaire, avec un dévouement total à la cause, c’est l’art qui me parle. Etre amusant, mais profond, spectaculaire, mais en ayant toujours une raison, sans dire aux gens ce qu’ils doivent penser, mais en pensant soi-même. Pat Mills, qui est notre parrain et, de loin, mon scenariste de bandes dessinées préféré, l’incarne parfaitement.

Ta BD d’horreur préférée?

Probablement quelques partie du Cages de Dave Mc Kean qui font peur à la façon de David Lynch au cinéma. Maintenant, si nous parlons de mon premier et plus grand frisson en bd d’horreurs, c’est quand, adolescent, un ami a amené le juge Dredd de Bolland, avec les juges morts, au collège. Les visuels sinistre en noir et blanc, les personnages, j’étais complètement fasciné.

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L’équipe Gryyym : Joseph Lacroix

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Joseph Lacroix, autoportrait en non-mort.

Peux-tu te présenter ?

Je suis l’ « Encyclopédie du mal » avec Grégory Maklès, « Pythons » avec Gabriel Delmas, « Diablo 3, Sword of justice » avec Aaron Williams, « Fébus » avec Catmalou, une partie du « livre de Tyrael » et d’autres ouvrages liés à Diablo ou World of Warcraft et des centaines de dessins qui s’amoncellent, débordent et qui réclament un peu de liberté.

Que fais-tu dans Gryyym ?

Je fais le zouave entre Gabriel, Greg et Jérôme. Je combat ma timidité en débusquant et en essayant de convaincre des artistes de tous horizons de venir nous rejoindre. Je bidouille sur la com. Et je dessine aussi le Grenouillard. C’est une BD sauvage qui fera parti du contingent dark fantasy dans GRYYYM.

Et pourquoi Gryyym ?

Bon, ce qui m’intéresse dans « GRYYYM » c’est de créer un espace d’expression et d’expérimentation libre.

Il est devenu extrêmement difficile de publier de la BD en France. Du coup on passe beaucoup de temps à monter des dossiers avec la peur au ventre… des milliers de pages qui disparaissent dans les limbes des correspondances entre auteurs et éditeurs.

Je veux une démarche inverse dans GRYYYM : dessiner avec ses tripes, avec audace. Des personnages forts, des univers exubérants, des récits acérés. Pas de chichi pas de Blabla. Du dessin qui s’assume, des histoires qui bousculent.

Laissons les lecteurs décider.

Quelle est ta BD d’horreur préférée ?

Si je dois en choisir qu’une : « Jenifer » de Bernie Wrightson. Tou y est : de la virtuosité au service du récit et la preuve qu’en peu de pages on peut provoquer des émotions réelles. J’ai aussi une passion graphique pour « Grave undertaking » d’Alex Toth que j’ai traqué pendant de longs mois. Et « Sanctum » de Mike Mignola, parce que Mignola.

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L’équipe Gryyym : Jérôme Martineau

Portrait de Jérôme en éditeur pas tout à fait mort par Joseph Lacroix

Bonjour, peux-tu te présenter ?

Moi, j’aime les histoires et les livres.

Petit, je suis passé de Strange et Yoko Tsuno à L’Incal et Dark Knight et depuis, je ne me suis jamais arrêté. Je n’ai pas de souvenir d’une journée sans BD.

Chaque semaine, je continue d’enfourner ma pile de comics. J’aime ces histoires à suivre en pointillés, de mois en mois, comme autant de colonies de fourmis qui arpentent les sillons de mon cerveau.

Une perfusion continue, un liquide sémiotique dans lequel je baigne, parsemée de quelques épiphanies : V pour Vendetta, Ikkyu, Den.

V for Vendetta, Moore, Lloyd

Comme en bandes dessinées, en littérature ou en musique, j’aime de tout, partout, genre, style, forme, une ivresse éclectique : Otis Spann, Alan Moore, Albert Camus, Jeff Noon, Pavement, Taiji Matsumoto, Colin Stetson, Ernesto Sabato, Bruce Springsteen, Warren Ellis, Jason, Lovecraft, William Blake, Edward Austin Abbey, Mignola, The Cure, Jordi Bernet, Corben, Joy Division, Jaime Hernandez, Darwin Cooke, Sonic Youth, Richard Wagner, Richard Strauss, Ales Kot, Dostoïevski, Mazzucchelli, Sienkiewicz, Bisley, McKean, Ian Banks, Thomas Pynchon, Poe, David Mitchell, Moorcock, Rick Rememder, Chris Ware, John Burnside, Silas Hogan, Charles Burns, Hannu Rajaniemi, Kafka, Otomo, Moebius, Giraud, Leonard Cohen, Pratt, Tardi, Sonny Boy Williamson, Damazio, Jean-Philippe Jaworski, Bill Watterson, Thelonius Monk, The White Stripes, Pulp, Bruno Schultz, Led Zeppelin, Scarlatti, Constantin Cavafis…

Ikkyu, Sakaguchi

C’est grisant. Une liste sans fin qui change à tout instant et que je peux refaire à l’infini.

Dans le boulot, ça complique tout. Surtout quand on s’improvise éditeur de bandes dessinées. Carabas est né en 1999 avec le projet de publier Leela & Krishna de Georges Bess.

Vampires, collectif – Popbot, Wood – J’ai Tué Adolf Hitler, Jason

Et après, le chaos : de la BD underground révolutionnaire, des bluettes contemporaines, de l’aventure spatiale et musicale, un Norvégien qui s’installe à Montpellier croisé au bord du Pacifique, des projets opportunistes, des traductions – le mémorable Popbot d’Ashely Wood, un peu de manga parce que tout le monde en faisait… un ovni éditorial inclassable, difficile à suivre.

Des tas de rencontres, beaucoup d’amis, dont certains sont là aujourd’hui.

Mais au bout de 10 ans, le constat était dur : économiquement invivable, des livres incroyables mais introuvables.

Depuis, Carabas a rentré les ailes, juste un livre de temps en temps avec des amis.

Entre temps je suis passé par la presse – jeunesse essentiellement, sous licence évidemment, car c’est encore la façon la plus rapide de s’acheter une notoriété et d’émerger.

Puis en 2012, c’est le début de l’aventure Semic. D’abord avec Marvel puis avec le Studio Ghibli. Je me suis éloigné du papier pour la résine, le vinyl, le textile… afin de réaliser des produits dérivés en tout genre, sur tous les supports, sous toutes les formes : du mugs à la statue, du porte-clés à la tirelire, des tableaux aux peluches…

Plein de nouvelles expériences, de nouveaux métiers à apprendre, et toujours des tas de personnes à rencontrer !

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L’Âge de Raison, Bonhomme, le premier album Carabas primé à Angoulême !

Et pourquoi tu fais Gryyym ?

Bin justement, Gryyym c’est l’occasion de revenir aux histoires et au livre. D’une façon nouvelle, à plusieurs, ensemble même je dirais. Une association horizontale de professionnels bancals.

C’est Gryyym l’éditeur, pas un bonhomme derrière son bureau.

Gryyym au service de Gryyym, des histoires à l’intérieur de Gryyym.

Une façon différente de faire de l’édition, de mettre les artistes au centre et le reste autour.

Ça change pas mal, ce renversement de perspectives. Et c’est moins solitaire.

Avec Gryyym, j’assouvis une vieille envie : une revue d’aventures en bandes dessinées. De la BD à papa cool, rock’n roll qu’on ne sait pas ou qu’on ne veut pas faire de ce côté de l’Atlantique. Un genre et une forme un peu moribond, un peu ringard, mais qui sonne tellement juste, une chope sans fin d’une binouze tiédasse mais qui rassasie en profondeur.

Et puis c’est l’occasion de construire une cahute à l’ombre de Corben. Un totem grimaçant qui nous accompagne depuis un bon bout de temps.

Jérôme en interview à la boutique éphémère Ghibli, qu’il tient tous les ans à Paris.

Que fais-tu dans Gryyym ?

Je colmate, j’arrondis, je ponce.

Des chiffres, du juridique, de l’administratif, de la fabrication.

Échanger , observer, écouter, garder le cap.

Ta BD d’horreur préférée?

BPRD. Sans hésitation.

BPRD The Devil You Know, Mignola, Allie, Campbell, Stewart

Une fresque apocalyptique d’une ampleur jamais égalée. Un désespoir gluant, terrifiant qui passe autant par les états d’âme des agents du bureau – à travers des petites histoires d’un quotidien qui déraille dans le cauchemar – que par des envolées épiques, voir carrément mythologiques. Des morts qu’on ne parvient pas à oublier et des monstres qu’on ferait tout pour oublier. La Terre se fend et les hommes, leur civilisation disparaissent, engloutis par des créatures de la taille d’un continent.

BPRD Garden of Souls, Mignola, Allie, Davis, Stewart

Et surtout avec un sérieux et un aplomb sidérant. Il y a (parfois) de l’humour, mais les mecs y croient dur à leurs histoires et à leur personnages. Jamais personne ne ricane par dessus votre épaule, aucune distance, aucune moquerie. C’est salutaire.
Graphiquement, entre l’horreur vibrante et dérangeante de Guy Davis à la noirceur tragique de Laurence Campbell, c’est le bonheur absolu.

Et ça dure depuis 17 ans.

Je suis obligé d’ajouter Hellblazer. God save John Constantine !

Plus récemment Redland (Bellaire, Del Rey), trois sorcières dans le Sud poisseux, trois femmes puissantes qui sombrent.

Et aussi la terrifiante adaptation des Montagnes hallucinées de Lovecraft par Gou Tanabe. Il réussit l’indicible.

Parmi toutes les personnes à qui je voudrais dire merci, je tiens tout particulièrement à remercier David Lloyd et Tommy Lee Edwards, on ne se connaissait pas il y a 20 ans quand ils ont accepté de participer au premier collectif Vampires publié par Carabas. 20 ans après, ils sont encore là.

Hellblazer, Bisley
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